14 juillet 2015

 

50% des touristes ramènent des bactéries multi-résistantes de leurs vacances tropicales

 
Des équipes de recherches françaises ont démontré qu'un voyageur sur deux ayant séjourné dans un pays situé en zone tropicale ramènent dans leur organisme des entérobactéries multi-résistantes (EMR).

Cette vaste étude, coordonnée par Sophie Matheron et Etienne Ruppé, a réuni des services des maladies infectieuses et tropicales de l’AP-HP, des laboratoires de bactériologie et d’hygiène hospitalière, de l’Unité de Recherche Clinique de l’hôpital Bichat – Claude-Bernard, de l’Université Paris Diderot, de l’Inserm, de l’Institut Pasteur et de l’InVS, et les résultats ont été publiés dans la revue internationale Clinical Infectious Diseases le 22 avril 2015.

Pour cela, 824 personnes bien portantes ont été sollicitées de février 2012 à avril 2013 pour répondre à une enquête précise sur leurs antécédents médicaux, et subir un prélèvement de selles avant et après un séjour en Afrique subtropicale, en Asie ou en Amérique latine. Au retour, il a été constaté que 50,9 % de ces sujets étaient porteurs d'entérobactéries multi-résistantes dans leur tube digestif, selon des proportions qui variaient selon l'endroit de leur séjour. 72,4 % des voyageurs de retour d'Asie en étaient porteurs, 47,7 % au terme d'un déplacement en Afrique subsaharienne et 31,1 % revenaient d'Amérique latine.

Les entérobactéries sont largement présentes dans notre appareil digestif, qui ne pourrait fonctionner correctement sans elles. Si la grande majorité sont parfaitement inoffensives, certaines peuvent toutefois être responsables d'infections graves. Si un traitement à base d'antibiotiques peut dans bien des cas en venir à bout, certaines sont malheureusement résistantes et entraînent un traitement souvent long et pénible.

Les antibiotiques, alliés des bactéries !

Paradoxalement, la prise d'antibiotiques peut favoriser l'acquisition de ces microorganismes en altérant l'effet de protection "barrière naturelle" organisé par les bactéries naturellement présentes dans notre organisme, et qui se voient ainsi éliminées. Une diarrhée survenue durant le séjour ou le type de voyage intervient aussi dans le risque, les séjours "pleine nature" ou de type "routard" amplifiant les probabilités d'infection par rapport à un séjour en hôtel.

Le suivi prolongé des personnes infectées a démontré que celles-ci éliminent spontanément les entérobactéries multi-résistantes dans les trois mois suivant leur retour dans 95,3 % des cas.

Ces résultats plaident une fois de plus en faveur d'un usage prudent des antibiotiques, souvent administrés de façon excessive en cas de simple diarrhée, ainsi que de l'application des règles élémentaires d'hygiène durant un séjour en zone tropicale (laver les aliments, boire de l'eau en bouteille, etc.).

Jean Etienne

Source principale :

High Rate of Acquisition but Short Duration of Carriage of Multidrug-Resistant Enterobacteriaceae After Travel to the Tropics (Clinical Infectious Diseases, doi : 10.1093/cid/civ333).
 

 

 
Entérobactéries.
 

 

 
 
 

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