19 août 2015

 

L'intérêt de la recherche spatiale appliquée aux sciences de la Terre

 
Les nombreux satellites en orbite autour de la Terre n'observent pas directement l'espace, comme on pourrait le croire, mais participent avant tout à l'exploration et à la compréhension de notre propre planète. Un rôle dans lequel ils sont désormais irremplaçables.

Une étude publiée le 22 mai 2015 dans la revue Science révèle que la Péninsule Sud de l’Antarctique fond actuellement bien plus rapidement que les estimations ne le laissaient penser. Les recherches menées par l’équipe de Bret Wouters, de la Bristol University, montrent que les glaciers de la région, qui s’étendent sur 750 km de côte, déversent aujourd’hui 60 km3 de glace par an dans l’océan, alors qu’ils étaient encore stables il y a quelques années. Les scientifiques estiment que la dynamique engagée va désormais être difficile à enrayer, et redoutent que la quantité de glace reversée dans l’océan augmente rapidement dans cette zone. La Péninsule Sud de l’Antarctique est déjà devenue le deuxième plus grand contributeur de la montée des eaux dans la région, derrière la zone de la mer Amundsen.

D’après les résultats de Bert Wouters, ce phénomène n’est pas tant dû à l’élévation des températures, mais plutôt à l’amincissement des plaques de glace qui retenaient ou ralentissaient jusqu’à présent le glissement des glaciers dans l’océan. Cette diminution de l’épaisseur de ces plateformes de glace s’explique par une modification des vents dans l’Océan Antarctique, conséquence du changement climatique. L’orientation du vent dans la région amène désormais de l’eau plus chaude au contact des plateformes, ce qui accélère leur fonte et entraîne donc un glissement plus rapide des glaciers.

Ces résultats ont été obtenus grâce aux données récoltées par le satellite CrySat-2, lancé par l’Agence Spatiale Européenne en avril 2010 pour étudier l’évolution de l’épaisseur des glaces flottant dans les océans et celle des étendues de glace qui recouvrent le Groenland et l’Antarctique.

Les satellites, une contribution précieuse aux études de la Terre

L’apport des satellites pour l’étude de la Terre n’est pas nouveau. Et les coopérations franco-américaines ne manquent pas. Le satellite Jason-3 représentera la 4ème mission d’altimétrie américano-européenne, après TOPEX/Poséidon (NASA/CNES), Jason-1 (NASA/CNES) et Jason-2 (NASA/CNES/EUMETSAT]/NOAA). Jason-3, résultat d’une coopération internationale entre EUMETSAT, la NOAA, le CNES et le Jet Propulsion Laboratory (JPL), doit reprendre les caractéristiques majeures de la mission Jason-2 (orbite, instruments, précisions des mesures, etc.). Les mesures qu’il effectuera fourniront des modèles de la circulation océanique et des informations sur les changements régionaux et globaux du niveau de la mer et des informations sur l’implication du changement climatique sur les évolutions constatées. Les données collectées seront utilisées à des fins scientifiques, commerciales et opérationnelles, comme par exemple :

  • Prévision des cyclones.
  • Prévision des vagues de surface pour les opérateurs offshore.
  • Prévision des marées et des courants pour la navigation commerciale et plaisancière des navires.
  • La prévision côtière pour répondre à des problématiques environnementales comme les déversements de pétrole et les efflorescences algales nuisibles.
  • La modélisation côtière pour les mammifères marins et la recherche sur les récifs coralliens.
  • La prévision des phénomènes météorologiques comme El Nino et La Nina.

Les Républicains américains contre le "gaspillage de l’argent de la NASA"

Aux Etats-Unis, la NASA développe depuis plusieurs années le projet Earth Sciences, dédié à l’étude satellitaire de la Terre. Il s’inscrit dans les ambitions initiales de l’Agence, qui prévoyait lors de son lancement en 1958 que les activités spatiales contribuent "à l’extension des connaissances humaines sur la Terre et sur les phénomènes atmosphériques et spatiaux".

Le projet Earth Sciences est cependant contesté par le parti Républicain, qui y voit un gaspillage de l’argent qui devrait servir à l’exploration spatiale. Le sénateur Ted Cruz estimait par exemple au début du mois que la NASA avait perdu de vue sa mission première : l’étude de l’espace.

L’argument largement repris par les Républicains est le suivant : il existe de nombreuses agences dédiées aux recherches sur le climat (réunies au sein de l’U.S. Global Change Research Program), tandis que la NASA est la seule agence dédiée à l’espace. Ils contestent alors les augmentations budgétaires demandées chaque année par le Président Obama, qui a fait de la lutte contre le changement climatique une de ses priorités.

Les données récoltées par les satellites américains ont prouvé leur grande utilité. Le 14 mai dernier, une étude commandée par le Jet Propulsion Laboratory, un laboratoire de la NASA, montrait la fonte rapide de l’étendue de glace Larsen B, toujours dans l’Antarctique. La dynamique dégagée de cette étude indique que ces étendues de glace, présentes sur Terre depuis plus de 10.000 ans, sont amenées à disparaître d’ici 10 ans, soit plus rapidement que ce que laissaient penser les dernières recherches.

Charles Bolden, administrateur de la NASA, s’inquiétait la semaine dernière que l’opposition des Républicains "ralentisse notre meilleure compréhension du changement climatique et notre capacité à se préparer et à répondre aux tremblements de terres, aux sécheresses et aux tempêtes". Il insistait ainsi sur la nécessité de poursuivre ce programme de recherche.

Cette meilleure compréhension des phénomènes naturels servira notamment à l’avenir à la prise de décisions, que ce soit en termes d’investissements ou de recherche. Par exemple, dans la région Arctique, la fonte des glaces laisse envisager une augmentation des activités humaines dans la région (transport, exploitation des ressources naturelles, etc.) qui demandera de nouvelles législations.

A noter que l’ambassade organise le 28 septembre une conférence FACTS qui portera sur la montée des eaux. Cet événement aura lieu à Miami en présence de l’explorateur français Jean-Louis Etienne et d’Anny Cazenave, ingénieur émérite du CNES et Directrice pour les sciences de la Terre à l’International Space Science Institute (Berne, Suisse).

Sources (notamment) :

>>>  Dynamic thinning of glaciers on the Southern Antarctic Peninsula.
>>>  U.S. Global Change Research Program.
>>>  NASA Study Shows Antarctica’s Larsen B Ice Shelf Nearing Its Final Act.
>>>  Stable Antarctic Ice Is Suddenly Melting Fast.
 

 

 
L'étendue de glaces Larsen B, présente depuis plus de 10.000 ans, pourrait disparaître avant une décennie.
Crédit : Nasa.
 

 

 
 
 

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