11 janvier 2019

 

Le premier atterrisseur lunaire israélien prêt au lancement

 
Le 18 février prochain, une fusée Falcon 9 de SpaceX décollera depuis Cap Canaveral, emportant sous sa coiffe le satellite de communications indonésien PSN-6, mais surtout, la sonde israélienne Bereshit ( בְּרֵאשִׁית , ou Genesis en hébreu) de la société privée SpaceIL, qui devrait se poser à la surface de notre satellite naturel trois mois plus tard.

SpaceIL, société à but non lucratif, avait été créée en 2011 afin de participer au Google Lunar X Prize (GLXP), qui promettait des prix d'une valeur totale de 30 millions de dollars à l'entreprise privée qui arriverait à déposer un engin sur la Lune, lui faisant ensuite parcourir une distance de 500 mètres à la surface tout en renvoyant images en haute résolution et vidéos. L'objectif était d'inciter les gens à développer des méthodes peu coûteuses d'exploration spatiale.

En janvier 2018, il était évident qu'aucun des cinq compétiteurs en lice (SpaceIL, Moon Express, Synergy Moon, Team Indus et Team Hakuto) ne serait à même d'accomplir la mission avant la date limite, fixée au 31 mars suivant, et la compétition fut déclarée sans vainqueur. Cependant, SpaceIL décida de poursuivre son programme, avec l'apport de fonds privés.
 

 

 
Bereshit sur la Lune (image d'artiste). Crédit : SpaceIL.
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Et le projet est sur le point d'aboutir, puisque Bereshit sera lancé le lundi 18 février 2019 depuis Cap Canaveral à bord d'une fusée Falcon 9 de SpaceX. Après avoir livré au passage le satellite de communications indonésien PSN-6 en orbite de transfert géostationnaire, la sonde lunaire sera libérée puis, pendant 10 semaines, allongera progressivement son orbite jusqu'à atteindre le point d'équilibre entre la Terre et la Lune. Elle se laissera alors capturer par le champ gravitation de notre satellite et manœuvrera de façon à s'en rapprocher, ce qui prendra encore de deux semaines à un mois. Lorsque l'orbite idéale sera atteinte, Bereshit tentera un atterrissage en douceur dans la Mer de la Tranquillité, l'endroit où le module lunaire d'Apollo 11 s'était posé 50 ans auparavant.

Respectant l'esprit de la compétition du Google Lunar X Prize, il restera encore à effectuer un déplacement de 500 mètres au minimum sur la surface, tout en transmettant images en haute résolution et vidéos. Pour cela, SpaceIL a opté pour une solution originale, qui ne comporte ni roues, ni chenilles : rallumant ses moteurs d'atterrissage, l'engin redécollera et ira se poser à un endroit qui aura été entretemps programmé dans l'ordinateur de bord à la distance voulue. En effet, les signaux radio mettant environ deux secondes et demie pour effectuer l'aller-retour entre la Terre et la Lune, une télécommande en temps réel est impossible durant cette phase périlleuse.

L'atterrisseur

D'une masse de 585 kg (dont 400 kg de propergols) pour 2 mètres de diamètre et 1,50 mètre de hauteur, Bereshit comporte plusieurs instruments scientifiques, dont :

  • Un magnétomètre, conçu par l'Institut Weizmann des sciences.
  • Un réseau de rétroréflecteurs laser, conçu par le centre de vol spatial Goddard de la NASA.

Une capsule temporelle accompagne aussi Bereshit, composée de trois disques optiques contenant chacun des centaines de fichiers numériques parmi lesquels on retrouve des symboles nationaux, des objets culturels, des photos de paysages israéliens, la prière juive pour un voyage en toute sécurité connue sous le nom de "prière de Wayfarer", des dessins d'enfants… mais aussi la Torah, ce qui n'est pas sans rappeler qu'en décembre 1968, la première retransmission publique reçue depuis les astronautes de la mission Apollo 8 en orbite autour de la Lune était… la lecture de la Genèse.

Simple démonstrateur réalisé dans un souci d'économie (pour un montant de 95 millions de dollars, (ce qui en fait, et de très loin, la sonde lunaire la moins coûteuse jamais réalisée), Bereshit, qui ne comporte pas de contrôle thermique, devrait rapidement surchauffer et sa durée de vie est estimée à environ deux jours. Les données scientifiques recueillies seront partagées avec la Nasa.

L'équipe de SpaceIL bénéficie du soutien technique de l'Agence spatiale israélienne (ISA), des industries aérospatiales israéliennes, de Rafael Systems et d'Elbit Systems. SpaceIL est également soutenu par des établissements d'enseignement, notamment le Technion, l'Université de Tel Aviv, l'Institut des sciences Weizmann et l'Université Ben Gourion du Néguev. La société SpaceIL comporte plus de 200 membres, dont 95% de bénévoles.

Le principal contractant de SpaceIL, Israël Aerospace Industries, envisage aussi la construction de plusieurs atterrisseurs sur le même modèle à des fins commerciales.

Enfin, les fondateurs de SpaceIL ont déclaré que si le prix Lunar X Prize avait été gagné, celui-ci aurait été donné à des fins éducatives. Pourrait-on espérer un sursaut de la part de Google ?

Jean Etienne

Sources principales :

SpaceIL, 10 février 2019.
The Times of Israël, 4 février 2019.
 

 

 
Bereshit avant son transport à Cap Canaveral. Crédit : SpaceIL.
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Vue détaillée de l'atterrisseur Bereshit. Crédit : SpaceIL.
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